Décryptage· IA générative· Entreprise

IA générative au travail : encadrer l'usage de ChatGPT par vos salariés

C'est l'un des angles morts les plus répandus de la conformité : partout, des salariés utilisent déjà ChatGPT et d'autres outils d'IA générative pour rédiger, coder, traduire ou analyser — souvent sans cadre, parfois à l'insu de leur direction. Ce « shadow AI » crée des risques réels : fuite de données, décisions non maîtrisées, non-conformité. L'AI Act ne l'interdit pas, mais impose désormais un socle. Comment poser un cadre à la fois protecteur et réaliste.

Par

Demeter Conseil Formation

Cabinet de conseil & formation à l'AI Act — certifié Qualiopi

Relu par

Comité pédagogique Demeter

Mis à jour

1 août 2026

Lecture

11 min

Le « shadow AI », un risque déjà présent

Le « shadow AI » désigne l'usage d'outils d'IA par les collaborateurs en dehors de tout cadre validé par l'entreprise. Le phénomène est massif : la facilité d'accès des outils grand public conduit les salariés à y recourir spontanément, pour gagner du temps. Le problème n'est pas l'outil, mais l'absence de règles : que se passe-t-il quand un collaborateur colle un contrat confidentiel, un fichier clients ou du code propriétaire dans un service en ligne ? Les données peuvent échapper au contrôle de l'entreprise.

Quels sont les risques concrets ?

RisqueNatureCadre concerné
Fuite de données personnellesSaisie de données clients/RH dans un outil externeRGPD
Divulgation de secrets d'affairesPartage de code, contrats, données stratégiquesSecret des affaires
Résultats erronés ou biaisésDécisions fondées sur des sorties non vérifiéesResponsabilité de l'entreprise
Défaut de transparenceContenus générés diffusés sans mention adéquateArticle 50
Personnel non forméUsage sans compréhension des limites de l'IAArticle 4 (littératie)
Contrefaçon / droits de tiersRéutilisation de contenus protégésPropriété intellectuelle

L'obligation de littératie (art. 4) s'applique déjà

Beaucoup l'ignorent, mais une obligation directe pèse sur les entreprises depuis le 2 février 2025 : l'article 4 impose à tout fournisseur et déployeur de systèmes d'IA de prendre des mesures soutenant la [littératie](/ressources/litteratie-ia-article-4) de l'IA des membres de leur personnel — et de toute personne agissant pour leur compte — qui interviennent dans l'exploitation et l'utilisation de ces systèmes. Autrement dit, dès lors que vos salariés utilisent l'IA dans un cadre professionnel, vous devez veiller à leur compréhension : capacités, limites, risques, bon usage. La formation n'est plus optionnelle.

La charte d'usage de l'IA générative

L'outil central de cet encadrement est une charte d'usage (ou politique interne). Elle traduit, en règles concrètes et compréhensibles, ce qui est autorisé et ce qui ne l'est pas. Une charte utile précise notamment :

  • les outils approuvés par l'entreprise (et l'interdiction d'y verser certaines catégories de données) ;
  • les données à ne jamais soumettre à un outil externe (données personnelles, confidentielles, stratégiques) ;
  • l'obligation de vérification humaine des résultats avant toute décision ou diffusion ;
  • les règles de transparence lorsqu'un contenu généré est publié (article 50) ;
  • les enjeux de [propriété intellectuelle](/ressources/ia-propriete-intellectuelle-droit-auteur) et de respect des droits de tiers ;
  • les contacts et points de contrôle (référent IA, DPO) en cas de doute.

Comment poser un cadre conforme ?

  1. 01

    Cartographier les usages réels

    Identifiez les outils déjà utilisés par les équipes et les données qui y transitent, sans stigmatiser les collaborateurs.

  2. 02

    Fournir des outils maîtrisés

    Proposez des solutions professionnelles offrant des garanties sur la confidentialité et le traitement des données.

  3. 03

    Rédiger et diffuser une charte

    Formalisez règles d'usage, données interdites, vérification humaine et transparence dans une charte accessible.

  4. 04

    Former le personnel (article 4)

    Déployez une formation à la littératie de l'IA : capacités, limites, risques et bonnes pratiques, pour satisfaire l'obligation légale.

Questions fréquentes

L'AI Act interdit-il aux salariés d'utiliser ChatGPT ?

Non. L'AI Act n'interdit pas l'usage professionnel des outils d'IA générative. Il impose en revanche un socle : garantir la littératie de l'IA du personnel (article 4) et respecter les obligations pertinentes (transparence de l'article 50, RGPD). L'enjeu est d'encadrer l'usage, pas de le proscrire.

Dois-je vraiment former mes salariés à l'IA ?

Oui. Depuis le 2 février 2025, l'article 4 impose aux fournisseurs et déployeurs de prendre des mesures soutenant la littératie de l'IA du personnel qui exploite ou utilise des systèmes d'IA. Le règlement (UE) 2026/1744 a précisé qu'aucun niveau individuel n'a à être garanti, sans supprimer l'obligation d'agir. La formation est une obligation directe, indépendante du niveau de risque des outils employés.

Que risque-t-on si un salarié saisit des données confidentielles dans un outil externe ?

Une perte de contrôle sur ces données, avec des conséquences potentielles au titre du RGPD (données personnelles) et du secret des affaires (informations stratégiques). Selon l'outil, les données peuvent être conservées ou réutilisées. D'où l'importance d'interdire clairement la saisie de telles données et de fournir des solutions maîtrisées.

Une charte d'usage de l'IA est-elle obligatoire ?

L'AI Act n'impose pas formellement une charte, mais c'est l'outil le plus efficace pour organiser la conformité et la maîtrise des risques. Associée à la formation (article 4) et à des outils approuvés, elle matérialise votre démarche et protège l'entreprise comme les salariés. Sa mise en place peut aussi relever du dialogue social selon les cas.

À retenir

  • L'usage de l'IA générative par les salariés n'est pas interdit, mais doit être encadré.
  • L'obligation de littératie de l'IA (article 4) s'applique depuis le 2 février 2025 : former le personnel est obligatoire.
  • Les risques majeurs sont la fuite de données (RGPD, secret des affaires) et les résultats non vérifiés.
  • La réponse recommandée : outils maîtrisés + charte d'usage + formation, plutôt qu'une interdiction illusoire.

Sources

Règlement (UE) 2024/1689 sur EUR-Lex

Ce contenu est fourni à titre pédagogique et informatif par Demeter Conseil Formation. Il ne constitue pas un avis juridique et ne saurait se substituer à une analyse adaptée à votre situation.

À lire aussi

Passer de la compréhension à l'action ?

Nos experts transforment ces principes en trajectoire concrète pour votre organisation.