Décryptage· Propriété intellectuelle· GPAI

IA et propriété intellectuelle : droit d'auteur et données d'entraînement

L'entraînement des modèles d'IA sur des œuvres protégées et la génération de contenus par IA soulèvent des questions brûlantes de propriété intellectuelle. L'AI Act ne règle pas tout — le droit d'auteur reste largement gouverné par d'autres textes — mais il pose des obligations concrètes pour les fournisseurs de modèles. Décryptage d'un sujet à la croisée de l'IA et de la création.

Par

Demeter Conseil Formation

Cabinet de conseil & formation à l'AI Act — certifié Qualiopi

Relu par

Comité pédagogique Demeter

Mis à jour

24 juillet 2026

Lecture

12 min

Que dit l'AI Act sur le droit d'auteur ?

L'AI Act aborde le droit d'auteur principalement à travers le régime des modèles à usage général (chapitre V). Il ne crée pas un nouveau droit d'auteur pour l'IA : il impose des obligations de transparence et de respect du cadre existant, en particulier de la directive de 2019 sur le droit d'auteur dans le marché unique numérique (directive « DAMUN »).

L'obligation de politique de respect du droit d'auteur

L'article 53 impose aux fournisseurs de GPAI de mettre en place une politique visant à respecter le droit d'auteur de l'Union. Le point central est le respect des réserves de droits (« opt-out ») : la directive DAMUN autorise la fouille de textes et de données (« text and data mining »), mais permet aux titulaires de droits de s'y opposer par une réserve appropriée. Les fournisseurs de modèles doivent identifier et respecter ces réserves, y compris lorsqu'elles sont exprimées de manière lisible par machine.

L'obligation de résumé des données d'entraînement

Les fournisseurs de GPAI doivent aussi publier un résumé suffisamment détaillé des contenus utilisés pour entraîner le modèle, selon un modèle fourni par le Bureau de l'IA. L'objectif est de permettre aux titulaires de droits — auteurs, éditeurs, artistes — de savoir si leurs œuvres ont pu être utilisées et, le cas échéant, d'exercer leurs droits. Il ne s'agit pas de divulguer l'intégralité du jeu de données, mais d'en donner une vue d'ensemble significative.

ObligationQuiObjetRéf.
Politique de respect du droit d'auteurFournisseur de GPAIRespecter les réserves de droits (opt-out)Art. 53 § 1, c
Résumé des données d'entraînementFournisseur de GPAITransparence sur les contenus utilisésArt. 53 § 1, d
Respect de la directive DAMUNTousCadre de la fouille de textes et donnéesDirective 2019/790

À qui appartiennent les contenus générés par IA ?

L'AI Act ne tranche pas cette question, qui relève du droit d'auteur classique. En Europe, la protection par le droit d'auteur suppose traditionnellement une création humaine originale : un contenu généré de façon purement automatique, sans apport créatif humain, peine à être protégé. La situation évolue et varie selon les juridictions ; c'est un sujet à suivre, distinct des obligations de l'AI Act. Les obligations de transparence de l'article 50 (marquage des contenus synthétiques) s'appliquent en revanche à ces contenus.

Que doit faire une entreprise utilisatrice ?

  1. 01

    S'informer auprès de ses fournisseurs de modèles

    Vérifiez que les fournisseurs de GPAI que vous utilisez respectent leurs obligations (politique droit d'auteur, résumé des données).

  2. 02

    Encadrer l'usage de l'IA générative

    Intégrez à votre charte les enjeux de propriété intellectuelle : réutilisation de contenus, risque de contrefaçon, vérification des sorties.

  3. 03

    Ne pas présumer la titularité des contenus générés

    Le statut juridique des contenus produits par IA est incertain : contractualisez avec vos prestataires et vérifiez les conditions d'utilisation des outils.

  4. 04

    Marquer les contenus synthétiques

    Appliquez les obligations de transparence de l'article 50 pour les contenus générés que vous diffusez.

Questions fréquentes

L'AI Act autorise-t-il l'entraînement sur des œuvres protégées ?

L'AI Act ne crée pas de nouvelle autorisation : il renvoie au cadre existant, notamment à la directive DAMUN qui permet la fouille de textes et données, sous réserve du droit d'opposition (opt-out) des titulaires de droits. Les fournisseurs de GPAI doivent respecter ces réserves.

Un contenu généré par IA est-il protégé par le droit d'auteur ?

L'AI Act ne le dit pas ; c'est le droit d'auteur classique qui s'applique. En Europe, la protection suppose traditionnellement un apport créatif humain. Un contenu purement automatique est difficilement protégeable, mais la question évolue et dépend des circonstances.

Les fournisseurs de modèles open source sont-ils concernés ?

Oui, pour le droit d'auteur. Même exemptés de certaines obligations documentaires, les fournisseurs de GPAI open source doivent mettre en place une politique de respect du droit d'auteur et publier le résumé des données d'entraînement.

Comment savoir si mes œuvres ont servi à entraîner un modèle ?

Le résumé des contenus d'entraînement publié par les fournisseurs de GPAI (article 53) vise précisément à donner cette visibilité aux titulaires de droits. Il ne détaille pas chaque œuvre, mais donne une vue d'ensemble des sources utilisées.

À retenir

  • L'AI Act impose aux fournisseurs de GPAI une politique de respect du droit d'auteur et un résumé des données d'entraînement.
  • Le respect des réserves de droits (opt-out de la directive DAMUN) est central.
  • Ces obligations valent aussi pour les modèles open source.
  • Le statut des contenus générés relève du droit d'auteur classique, que l'AI Act ne tranche pas.

Sources

Règlement (UE) 2024/1689 sur EUR-Lex

Ce contenu est fourni à titre pédagogique et informatif par Demeter Conseil Formation. Il ne constitue pas un avis juridique et ne saurait se substituer à une analyse adaptée à votre situation.

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