Décryptage· GPAI· Chapitre V

Modèles d'IA à usage général (GPAI) : les obligations du chapitre V

L'irruption des grands modèles de langage a conduit le législateur européen à ajouter un chapitre dédié à l'AI Act : le chapitre V, sur les modèles d'IA à usage général (« GPAI » pour general-purpose AI). Ces modèles, capables d'accomplir une grande variété de tâches, appellent des obligations spécifiques, distinctes de celles des systèmes d'IA classiques.

Par

Demeter Conseil Formation

Cabinet de conseil & formation à l'AI Act — certifié Qualiopi

Relu par

Comité pédagogique Demeter

Mis à jour

14 juillet 2026

Lecture

12 min

Qu'est-ce qu'un modèle d'IA à usage général ?

L'article 3 (point 63) définit le modèle d'IA à usage général comme un modèle entraîné à grande échelle, présentant une généralité significative et capable d'accomplir de façon compétente un large éventail de tâches distinctes, quel que soit son mode de mise sur le marché. Les grands modèles de langage (LLM) et les modèles de fondation multimodaux en sont l'exemple type.

Il faut distinguer le modèle (la brique technologique sous-jacente) du système d'IA qui l'intègre. Un même modèle peut être décliné en de multiples systèmes. L'AI Act encadre les deux niveaux, mais avec des régimes différents : le chapitre V pour les modèles, les autres chapitres pour les systèmes.

Quelles obligations pèsent sur tous les fournisseurs de GPAI ?

L'article 53 fixe un socle applicable à tout fournisseur de modèle à usage général :

  • [Documentation technique](/ressources/documentation-technique-annexe-iv) du modèle, tenue à jour et fournie sur demande au Bureau de l'IA et aux autorités.
  • Information des fournisseurs en aval qui intègrent le modèle : informations et documentation leur permettant de comprendre les capacités et les limites du modèle et de respecter leurs propres obligations.
  • Politique de respect du [droit d'auteur](/ressources/ia-propriete-intellectuelle-droit-auteur) de l'Union, notamment pour identifier et respecter les réserves de droits exprimées lors de la fouille de textes et de données.
  • Résumé suffisamment détaillé des contenus utilisés pour l'entraînement du modèle, publié selon un modèle fourni par le Bureau de l'IA.

Qu'est-ce qu'un modèle à « risque systémique » ?

Certains modèles, par leur puissance, peuvent avoir un impact à l'échelle du marché intérieur. L'article 51 prévoit qu'un modèle est présumé présenter un risque systémique lorsqu'il dispose de capacités à fort impact, présumées au-delà d'un seuil de puissance de calcul cumulée d'entraînement supérieur à 10²⁵ opérations en virgule flottante (FLOP). La Commission peut aussi désigner un modèle sur la base d'autres critères.

Quelles obligations renforcées pour les modèles à risque systémique ?

Aux obligations de l'article 53 s'ajoutent celles de l'article 55 :

  • réaliser des évaluations du modèle, y compris des tests contradictoires (« red teaming ») ;
  • évaluer et atténuer les risques systémiques éventuels ;
  • suivre, documenter et notifier les incidents graves au Bureau de l'IA ;
  • garantir un niveau adéquat de cybersécurité du modèle et de son infrastructure.

En attendant les normes harmonisées, les fournisseurs peuvent s'appuyer sur des codes de bonnes pratiques (article 56) élaborés sous l'égide du Bureau de l'IA pour démontrer leur conformité.

Suis-je concerné si je ne fais qu'utiliser un LLM ?

En principe, non au titre du chapitre V : les obligations de ce chapitre pèsent sur le fournisseur du modèle, pas sur l'entreprise qui l'utilise. En revanche, si vous intégrez un modèle dans votre propre système, vous devenez fournisseur de ce système et pouvez, selon l'usage, relever du régime haut risque ou des obligations de transparence de l'article 50. Et dans tous les cas, l'obligation de littératie IA (article 4) s'applique.

Questions fréquentes

Depuis quand les obligations GPAI s'appliquent-elles ?

Depuis le 2 août 2025 (article 113). Le chapitre V fait partie des dispositions entrées en application avant l'application générale de 2026.

Mon entreprise entraîne un modèle interne : suis-je un fournisseur de GPAI ?

Si votre modèle présente une généralité significative et est capable d'accomplir un large éventail de tâches, oui, vous pouvez être qualifié de fournisseur de GPAI et relever de l'article 53. Un modèle spécialisé sur une tâche unique n'entre en revanche pas dans cette définition.

Le seuil de 10²⁵ FLOP concerne-t-il beaucoup de modèles ?

Non, il vise les modèles les plus puissants (modèles de fondation de très grande échelle). La grande majorité des modèles, y compris de nombreux modèles open source, se situent sous ce seuil et échappent donc aux obligations renforcées de l'article 55.

Que doit contenir le résumé des données d'entraînement ?

Un résumé « suffisamment détaillé » des contenus utilisés pour l'entraînement, selon un modèle publié par le Bureau de l'IA, afin notamment de permettre aux titulaires de droits d'exercer leurs droits. Il ne s'agit pas de divulguer l'intégralité du jeu de données, mais d'en donner une vue d'ensemble significative.

À retenir

  • Les GPAI sont des modèles polyvalents (ex. LLM) encadrés par le chapitre V de l'AI Act.
  • Tout fournisseur de GPAI doit : documenter, informer les intégrateurs, respecter le droit d'auteur, résumer les données d'entraînement (art. 53).
  • Les modèles à risque systémique (> 10²⁵ FLOP) ont des obligations renforcées (art. 55).
  • Régime applicable depuis le 2 août 2025 ; l'utilisateur d'un LLM n'est pas fournisseur du modèle.

Sources

Règlement (UE) 2024/1689 sur EUR-Lex

Ce contenu est fourni à titre pédagogique et informatif par Demeter Conseil Formation. Il ne constitue pas un avis juridique et ne saurait se substituer à une analyse adaptée à votre situation.

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